San Juan La Laguna

Filer et teindre le coton

Carte de San Juan La Laguna

L’importance du coton

Dès les premières civilisations en Méso-Amérique, le coton a permis d’édifier des empires, a servi de monnaie d’échange et est devenu un enjeu économique et culturel. Ne poussant qu’en terre chaude, le coton était une matière prisée puisque en altitude, les paysans se vêtaient de l’inconfortable agave. Le commerce aidant, ce vêtement fût abandonné et la conquête espagnole amena les moutons et la laine dans les terres froides du Guatemala.

Savoir-faire ancestral

Nous sommes chez les Cakchikel, l’une de 21 famille linguistiques mayas du Guatemala, sur les rives du lac Atitlàn et le coton y est roi. L’utilisation des teintures naturelles est devenue le signe distinctif du village de San Juan, dont les artisans ont su entretenir le savoir-faire ancestral. Le processus est long, donc plus couteux et il a été délaissé au profit des fils déjà colorés industriellement que les associations et coopératives de tisserands se chargent de rendre accessibles partout au pays. À San Juan, j’ai donc la chance unique d’expérimenter une procédure de transformation liée aux ressources environnantes. Je suis éblouie par les riches couleurs des fils qui sèchent, dans une harmonie chaotique.

Le voyage aiguise les sens, dont le toucher et à ce moment-là, dans le petit atelier, c’est tout ce qui compte : sentir le coton sauvage entre mes doigts et en séparer les graines, battre la fibre avec un bâton pour la ramollir, tirer sur la mousse en tordant un brin de coton et sans le casser exige une constance et une délicatesse étonnante. L’étape est fastidieuse et il ne suffit que d’un tremblement ou un faux mouvement pour rompre le fil. Les tisserandes me montrent ensuite comment teindre le fil immaculé et m’expliquent la provenance de tous les pigments utilisés, extraits de variété de plantes, d’écorces, de fruits et de légumes. Après avoir été imbibé 20 à 30 minutes dans un bain de teinture, les fils sont trempés dans un mélange d’eau et d’extrait de feuille de bananier pour en fixer les couleurs.

Diaporama

Étape #1: séparer les graines du coton

Étape #1: séparer les graines du coton

Le provenance des pigments

Le provenance des pigments

Teindre en indigo

Teindre en indigo

Un petit plan de bananier

Un petit plan de bananier

Ce jour-là, je n’achète qu’une seule écharpe. Le nom de son auteure est inscrit sur un petit bout de papier pour lui donner une rétribution équitable. À tout prendre, j’aimerais que ce soit là, maintenant, à San Juan. Or, il est encore trop tôt pour alourdir mes bagages de tissus supplémentaires et le voyage ne fait que commencer.

Diaporama

Une femme monte la trame du métier

Une femme monte la trame du métier

Le métier, une fois monté

Le métier, une fois monté

 

4 Comments

  1. Très instructif, sublimes images.
    Je vous suivrais avec beaucoup d’intérêt et de plaisir!
    Bon voyage, belles rencontres!

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