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Grande histoire du masque maya

La richesse du masque

Par son mystère, le masque captive plus que tout autre élément de costumes. Que ce soit pour faire la mascarade ou pour effrayer, pour imiter ou pour se cacher, il surprend toujours. Enfant, j’avais une peur bleue de tout ce qui cachait le visage et masquait les émotions. En parts égales, les maquillages de clown et les barbes de père Noël me terrifiaient (un homme déguisé en Dark Vador se souvient sans doute de moi, à 5 ans, faisant une incontrôlable crise publique). Or après la terreur vient la fascination et grâce à un professeur d’accessoire de théâtre assez-flyé-merci (Jean-Marie, que Dionysos ait ton âme !), j’ai découvert les richesses de l’univers du masque.

Écrire sur cet accessoire de costume sous un angle historique, c’est évoquer les danses rituelles, les cérémonies sacrées et les pratiques mortuaires, car les croyances et les masques sont indissociables. Dans les cultures anciennes, l’homme subissait les soubresauts incontrôlables de son environnement et doué de raison, il conceptualisa les forces de la nature en divinités pour les structurer en modèles cosmogoniques. La perception du terrestre et du surnaturel s’en trouva unifié et des rituels furent créés pour entrer en communication avec le divin. Au fil du temps et de l’évolution des techniques de fabrication, des objets sacrés vinrent appuyer les rituels. En inhibant les expressions faciales tout permettant les plus grandes excentricités corporelles, le masque est le point d’ancrage le plus intime et le plus codé entre l’homme et le sacré.

Masque de vache
Masque de taureau en bois, photographié à l’auberge Los Encuentros, Panajachel.

Dans la culture occidentale, on porte le masque pour se divertir à l’Hallowen ou lors de soirées osées, mais l’expression «porter un masque» renvoie aussi à une assertion négative, soit à une attitude d’hypocrisie. Cependant, cette perception usuelle de «porter un masque» relève aussi d’un exercice imaginaire, lié aux croyances. Par exemple, n’est-il pas intéressant de noter qu’en revêtant le masque psychologique de bonheur ou d’indifférence, l’individu réponde aussi à des codes, pour contrôler ce qu’il croit vouloir dire ou pour statuer de ce qu’il croit représenter, un peu comme le un célébrant maitrisant son message lors d’une cérémonie sacrée ?

Chez les Mayas

La cosmogonie maya

Lors de mon séjour, j’ai vu beaucoup de collections de masques de bois étalées sur les murs à des fins décoratives. L’abondance et l’omniprésence du masque s’expliquent à la fois par fierté folklorique et parce que son utilisation est toujours d’actualité dans les rituels populaires. Remontons un peu dans le temps pour mettre tout ça en contexte. La découverte d’une quinzaine de masques de jade maya, impliquant leurs restaurations, est considérée comme la recherche archéologique la plus importante depuis le début du XXIe siècle au Mexique ( le Mexique étant limitrophe du Guatemala, il partage la riche histoire commune des peuples mayas). Nommé par la syllabe k’oh, qui signifie «image» ou «représentation», ils sont l’expression d’un système de croyances ancestrales.

Repère chronologique
Repères chronologiques
Tiré de Restellini,M. et Martinez del Campo Lanz, S., (2012). Les masques de jade mayas, Paris, La Pinacothèque de Paris et Gourcuff Gardenigo, p,17.

Le jade

En Méso-Amérique, le masque apparaît au début du préclassique ancien ( 2000 à 1000 av. J.-C.), alors que les peuples se sédentarisent. Le jade était aux Mayas ce que l’or

Masque funéraire de Pakal et boucles d'oreilles, sarcophage du Temple des inscriptions, Palenque, Chiapas, c. 633 apr. J.-C., Musée national d'Anthropologie, Mexico.
Masque funéraire de Pakal et boucles d’oreilles, sarcophage du Temple des inscriptions, Palenque, Chiapas, c. 633 apr. J.-C., Musée national d’Anthropologie, Mexico.

représentait pour les Incas soit un matériel fort important. Provenant des profondeurs de la terre et ayant des teintes rappelant celles du ciel et de l’océan, cette pierre semi-précieuse est le symbole de la pérennité, de l’humidité, de la fertilité, du renouvellement et de la renaissance. Tout comme les coquillages marins et les minéraux métalliques, le jade symbolisait les voies de communication entre les trois plans du cosmos.

Le jade, extrait des gisements des Hautes-Terres, devint un matériel fort attrayant pour sa symbolique, mais aussi pour ses propriétés. On croyait qu’un «souffle de vie» l’habitait, car la nuit, cette pierre se refroidit considérablement et avec la chaleur du soleil, la vapeur d’eau s’en échappe donnant l’apparence d’une respiration, d’une exhalation. Les Mayas attribuaient alors un pouvoir aux masques, celui qui le porte incarnait le divin tandis qu’il apportait l’immortalité aux morts. Dur, mais cassant, il permettait aussi la fabrication par la technique de la mosaïque. À l’époque classique, les coquillages, les escargots marins, l’obsidienne et l’hématite étaient aussi utilisés, ensuite, la turquoise fit son apparition dans les compositions des masques et ira même jusqu’à remplacer le jade.

 

 

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