Quetzaltenango

Rouler vers Quetzaltenango

Un carrefour surréel

Je quitte la jolie auberge Los Encuentros de Panajachel et les collectionneurs pour monter vers Quetzaltenango. Ça prendra la journée, car la route est longue, sinueuse et inconfortable. Mal de cœur. Pourquoi je m’entête à jouer les «Indiana Jones», alors que mon oreille interne fait des siennes en transport ? Enfin une pause. Ah non, dans tes rêves Miss l’aventurière, le chauffeur m’indiquent que je dois sortir illico pour changer de camionnette.

Carte de la route entre Panajachel et Quetzaltenango

Je débarque à un carrefour où quelques voyageurs et beaucoup de Guatemaltèques transitent d’une destination à l’autre. Il y a quelque chose de grandiose et de surréel dans cet espace. C’est l’après-midi, la lumière est filtrée par la poussière, des falaises escarpées bloquent le point de vue et font du carrefour un univers clôt et replié sur lui-même. Il y a beaucoup de voitures, encore plus de «chicken bus» colorés. Des gens marchent dans tous les sens. Des bagages sont balancés d’un endroit à un autre. Ce n’est pas tout à fait une gare centrale, ni une station-service, ni un marché populaire. Immergé dans ce chaos organisé, on pourrait aisément s’imaginer à un carrefour de la route de la soie, tant il a quelque chose d’universel en ce lieu, évoquant les grands déplacements.

Un couple allemand discute tout près de mon nouveau transport. Avec le chauffeur, nous ne serons que 4 pour poursuivre la route vers Quetzaltenango, la deuxième grande ville du Guatemala. Située en région Maya quiché, la culture traditionnelle y est prédominante. Hors du circuit touristique, les étrangers qui s’y rendent sont particulièrement motivés. Mes compagnons de voyage, passionnés de botanique, m’expliquent qu’ils sont à la recherche d’une herbe rare et qu’ils escaladeront le volcan Santa Maria dès le lendemain. Une telle passion force mon admiration. La camionnette continue de monter et je regarde à travers la fenêtre sale: volcans et montagnes s’enchaînent à l’horizon, on est à la hauteur des nuages et le soleil se couche. Un autre perspective s’offre à moi. Je suis au-dessus du soleil couchant.

L’homme du couple était déjà venu au Guatemala il y a plusieurs années et il semble trop heureux de partager ce pays adoré avec sa copine. Il était là, me dit-il, après la fin de la guerre civile alors que lui et son ami ont filmé le retour de centaines de personnes qui s’étaient réfugiées au Mexique durant le conflit. Ça m’impressionne, j’aimerais le croire et avoir accès à ces images. Nous avons dû échanger les coordonnées de nos hôtels en nous disant qu’on se tiendrait au courant, avec des intentions sincères tout en sachant qu’il n’y aura pas de suite. C’est souvent comme ça en voyage, on ne s’accroche à rien, à personne, on ne regarde pas en arrière et on se sent si libre.

L’arrivée à Xelà

J’arrive à mon petit hôtel le soir et la route est enfin terminée. Ça prend un certain temps avant que l’on vienne m’ouvrir la lourde porte de bois travaillée. Toutes les chambres donnent sur une cour intérieure, c’est vieillot et charmant. En levant les yeux, on voit les étoiles. Des notes de piano résonnent sur les murs du vieux bâtiment colonial, donnant une atmosphère presque gothique. La musique provient de la chambre qui m’est réservée, où un jeune homme blond joue au piano. Il n’y a pas de chauffage dans la chambre mais un piano. Ça compense, non ?

J’ai faim et le resto s’impose. Le pianiste me conseille le plus proche, car dans la sombre Xelà ( «shé-là», une abréviation de Xelajù, son nom quiché ) vaut mieux ne pas se balader seule. En ce samedi soir, il n’y a qu’un client au restaurant asiatique et on s’assoit ensemble. Il est américain et il reste au Guatemala depuis un an ou deux. Il m’explique qu’il travaille à distance « en informatique ». Il y a des choses que je ne comprends pas dans son histoire, car il ne semble pas apprécier la population locale et ses motivations m’échappent. Il parle de dépaysement, mais il reste flou, comme s’il cachait quelque chose, comme s’il se cachait de quelque chose.

Fin d’une journée surréaliste. De retour à ma chambre, en frôlant les touches du piano, je me demande si Xelà, sombre et lointaine, serait un bel endroit pour se cacher du monde. Puis je me couche en boule sous les couvertures, enveloppée de mon manteau de plume. Au matin, je prendrai ces quelques images puis je me perdrai dans la ville.